Sepp Blatter, 90 ans et toujours la dent dure, s'est offert une nouvelle sortie mordante contre Gianni Infantino après les excuses publiques de ce dernier devant le conseil de la FIFA. Une joute entre deux hommes qui incarnent, chacun à leur manière, les dérives d'une institution qui n'en finit plus de se perdre.
Les faits
Vendredi, sur X (ex-Twitter), Sepp Blatter a ironisé sur les excuses formulées la veille par Gianni Infantino devant le conseil de la FIFA, réuni à Zurich. L'actuel président de l'instance mondiale avait exprimé des regrets publics après la polémique suscitée par l'ouverture de la Coupe du monde 2030 — et au-delà — à des investisseurs privés, un virage commercial qui a fait grincer des dents au sein même de l'institution.
Pour tenter de calmer le jeu, Infantino aurait promis une enveloppe de 25 millions de dollars, une sorte de geste de bonne volonté dont les contours restent flous. Blatter, fidèle à son style provocateur, n'a pas manqué de railler cette mise en scène de contrition, lâchant une pique acide :
« Le pape devrait apprécier. »
Une formule qui dit tout du mépris que l'ancien patron de la FIFA continue de nourrir pour son successeur, et qui replace cette séquence dans un registre que les observateurs connaissent bien : celui du soap opera permanent au sommet du football mondial.
Notre lecture
Soyons clairs : regarder Sepp Blatter donner des leçons de gouvernance à qui que ce soit, c'est un peu comme écouter un pyromane critiquer les pompiers. L'homme a dirigé la FIFA pendant dix-sept ans, a été banni du football pour des manquements éthiques, et reste associé à jamais aux scandales de corruption qui ont éclaboussé l'institution au milieu des années 2010. On n'oublie pas.
Mais — et c'est là que la situation devient savoureuse — Blatter n'a pas forcément tort sur le fond. L'ouverture de la Coupe du monde à des investisseurs privés est un tournant philosophique majeur pour la FIFA. Le Mondial, vitrine ultime du football, propriété symbolique des fédérations et des peuples, pourrait devenir un produit financier comme un autre. Et quand Infantino promet 25 millions de dollars en guise d'excuse, on est en droit de se demander : 25 millions pour qui ? Pour quoi ? Pour acheter le silence d'un conseil qui commence à réaliser l'ampleur de ce qui se joue ?
Infantino, depuis son arrivée à la tête de la FIFA en 2016, a multiplié les projets pharaoniques : Coupe du monde à 48 équipes, Mondial des clubs élargi, et maintenant cette privatisation rampante de l'événement-roi. L'homme avance vite, très vite, souvent seul, et laisse derrière lui une traînée de controverses que ses discours emphatiques ne suffisent plus à éteindre. Les excuses de Zurich ressemblent à un aveu de faiblesse, une première brèche dans l'armure d'un dirigeant qui se pensait intouchable.
Quant à Blatter, son rôle de sniper sur les réseaux sociaux est devenu un genre en soi. L'ancien président n'existe plus que dans la critique de son successeur, comme si démolir Infantino était le dernier combat d'une carrière entièrement vouée au pouvoir. La référence au pape, dans la bouche d'un homme qui a lui-même pratiqué l'art de la repentance opportuniste, ne manque pas de sel. C'est du théâtre, certes, mais du théâtre qui dit quelque chose sur l'état de la FIFA : une institution où même les anciens bannis se sentent légitimes pour faire la morale aux dirigeants en exercice.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs signaux méritent une attention particulière dans les semaines à venir. D'abord, la réaction des fédérations membres : les excuses d'Infantino suffiront-elles à éteindre la fronde interne ? Le fait même qu'il ait dû s'excuser publiquement suggère que la résistance au projet de privatisation est plus forte que prévu.
Ensuite, les détails de cette fameuse enveloppe de 25 millions de dollars. Tant qu'on ne saura pas à quoi elle est destinée ni comment elle sera distribuée, elle restera un artifice de communication plus qu'une solution concrète.
Enfin, il faudra guetter l'évolution du modèle économique de la Coupe du monde. Si la FIFA ouvre réellement les portes aux investisseurs privés, c'est l'ADN même de la compétition qui se retrouve sur la table. On parle du tournoi le plus regardé de la planète, pas d'une franchise de MLS. La frontière entre modernisation et mercantilisme n'a jamais été aussi mince, et c'est peut-être ça, plus que les piques de Blatter, qui devrait inquiéter le monde du football.
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