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AnalyseÉquipe de France

DESCHAMPS ET L'OMBRE DE ZIDANE : LE NON-DIT QUI EN DIT LONG

Deschamps a évoqué Zidane en conférence de presse. Derrière cette sortie calibrée, c'est tout le jeu de pouvoir autour du banc des Bleus qui se révèle.

Par Lavar08 JUIN 20264 min de lectureSource · rss.app

Didier Deschamps a évoqué le cas Zinédine Zidane en conférence de presse. Derrière les mots choisis avec soin, c'est tout un jeu de pouvoir feutré qui se dessine autour du banc de l'équipe de France. Et comme toujours avec DD, ce qui compte, c'est surtout ce qu'il ne dit pas.

Les faits

À quelques jours d'une échéance internationale, Didier Deschamps s'est exprimé publiquement au sujet de Zinédine Zidane, son éternel rival symbolique pour le poste de sélectionneur. Une prise de parole suffisamment rare et remarquée pour mériter qu'on s'y attarde. Le sélectionneur, d'ordinaire si verrouillé dans sa communication, a donc choisi d'aborder frontalement — ou du moins d'accepter la question sur — celui que beaucoup considèrent comme son successeur naturel à la tête des Bleus.

Il faut rappeler le contexte : Zidane n'a plus entraîné depuis son départ du Real Madrid en 2021, mais son nom revient avec une régularité métronomique dès que la France traverse une zone de turbulences sportives ou que le contrat de Deschamps approche d'un point de renégociation. Cette sortie médiatique intervient dans un climat où la question de la succession, sans être officiellement ouverte, n'a jamais vraiment été refermée.

Notre lecture

On connaît la chanson. Depuis des années, le feuilleton Deschamps-Zidane est le Game of Thrones du football français — sans dragons, mais avec autant de non-dits, de calculs et de postures. Et cette nouvelle sortie de Deschamps ne déroge pas à la règle : chaque mot est pesé, chaque silence est stratégique.

Ce qu'il faut comprendre, c'est que Deschamps ne parle jamais de Zidane par hasard. Quand il accepte d'en parler, c'est qu'il a décidé que c'était le bon moment pour occuper le terrain. C'est de la communication de haute volée, pas de la spontanéité. DD est un animal politique, probablement le plus redoutable que le football français ait connu sur un banc. Il sait que le sujet Zidane ne disparaîtra pas, alors il le gère. Il le dose. Il le neutralise.

Le vrai pouvoir de Deschamps, ce n'est pas son palmarès — c'est sa capacité à contrôler le récit.

Car soyons honnêtes : Zidane reste l'éléphant dans la pièce. Le plus grand joueur français de l'histoire n'a jamais caché son désir de diriger les Bleus un jour. Et une partie non négligeable du public, des médias et même de la fédération considère que cette passation est inéluctable. Mais Deschamps, lui, ne lâche rien. Pas un centimètre. Pas un mot de trop.

Ce qui est fascinant dans ce duel à distance, c'est qu'il n'est jamais frontal. Pas d'attaque directe, pas de pique assassine — juste un jeu d'échecs permanent où chacun avance ses pions avec une patience infinie. Deschamps sait que sa meilleure arme, c'est la continuité : tant qu'il gagne, ou du moins tant qu'il ne perd pas de manière catastrophique, personne à la FFF n'osera pousser le sélectionneur le plus titré de l'histoire vers la sortie pour installer Zidane.

Et c'est là que réside toute l'ironie de la situation : Zidane attend, Deschamps dure, et le football français reste suspendu entre deux époques sans jamais vraiment choisir. C'est confortable pour personne, mais c'est surtout inconfortable pour Zidane, dont l'inactivité prolongée commence sérieusement à poser question. Peut-on rester cinq ans sans entraîner et reprendre les rênes de la sélection la plus exigeante du monde ? La question mérite d'être posée sans passion.

Ce qu'il faut surveiller

Plusieurs éléments vont déterminer la suite de ce feuilleton. D'abord, les résultats immédiats de l'équipe de France : une contre-performance majeure relancerait immédiatement le débat avec une intensité décuplée. Deschamps le sait — c'est pour ça qu'il ne peut jamais vraiment baisser la garde.

Ensuite, la position de la FFF et de son président. La fédération a toujours soutenu Deschamps, parfois contre vents et marées. Mais les équilibres politiques internes peuvent évoluer, surtout si l'opinion publique bascule.

Enfin, et c'est peut-être le plus important : que fait Zidane ? Accepte-t-il un club pour se relancer et prouver qu'il est toujours dans le coup ? Ou continue-t-il d'attendre, au risque de voir son aura d'entraîneur s'éroder lentement ? Car si Deschamps maîtrise le temps comme personne, le temps, lui, ne fait pas de cadeau à ceux qui restent sur le bord du terrain.

Ce qui est certain, c'est que cette cohabitation fantôme entre les deux hommes continuera de structurer le débat autour des Bleus. Jusqu'au jour où l'un des deux cèdera. Et connaissant Deschamps, ce ne sera pas lui qui clignera des yeux en premier.

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