Le patron de la Concacaf, seul candidat crédible face à Gianni Infantino pour la présidence de la FIFA, s'apprêterait à jeter l'éponge avant le congrès électif du 18 mars prochain. Une non-candidature qui en dit long sur l'état de la démocratie au sein de l'instance mondiale du football. Quand l'opposition renonce avant même d'entrer dans l'arène, c'est que le système est verrouillé.
Les faits
Victor Montagliani, président de la Concacaf (la confédération qui regroupe l'Amérique du Nord, l'Amérique centrale et les Caraïbes), devrait renoncer à se présenter contre Gianni Infantino lors du prochain congrès électif de la FIFA, prévu le 18 mars 2027. Le Canadien, longtemps perçu comme le principal opposant au président suisse en place depuis 2016, ne devrait donc pas transformer sa posture critique en candidature officielle.
Montagliani occupait pourtant une position stratégique : à la tête de l'une des six confédérations continentales, il disposait d'une base institutionnelle solide, d'un réseau de fédérations affiliées et d'une visibilité que peu de candidats potentiels peuvent revendiquer. Sa zone d'influence, qui comprend les États-Unis, le Canada et le Mexique — les trois pays co-organisateurs de la Coupe du monde 2026 —, lui conférait un levier considérable. Mais visiblement pas suffisant.
Notre lecture
Soyons honnêtes : cette retraite avant la bataille n'est une surprise que pour ceux qui croient encore que la FIFA fonctionne comme une démocratie. Elle n'en a que les atours. Le congrès de la FIFA, c'est un système où chaque fédération — de l'Allemagne aux Îles Salomon — dispose d'une voix. Et dans ce jeu-là, Infantino est un maître absolu.
À la FIFA, l'opposition n'est pas vaincue : elle est asphyxiée avant même d'exister.
Depuis son arrivée au pouvoir en 2016, dans le sillage du séisme Blatter, Infantino a méthodiquement construit un réseau d'allégeances quasi inattaquable. Le passage de la Coupe du monde à 48 équipes ? Un coup de génie politique autant que sportif : en élargissant le tournoi, il a distribué des places — et donc de l'espoir, et donc de la loyauté — à des dizaines de petites fédérations qui n'auraient jamais rêvé d'un Mondial. Le Mondial des Clubs élargi, les programmes de développement financés directement par la FIFA vers les fédérations les plus modestes : tout est calibré pour fidéliser une base électorale massive et dispersée.
Montagliani n'est pas un naïf. S'il renonce, c'est qu'il a probablement compté les voix et compris que l'arithmétique était implacable. Se présenter pour perdre, dans un monde où la défaite peut vous coûter votre place à la table des négociations et vos alliés dans les instances, c'est un calcul que peu de dirigeants sont prêts à faire. Le courage politique a ses limites quand votre propre survie institutionnelle est en jeu.
Reste la question de fond, celle qui devrait nous préoccuper au-delà des jeux de pouvoir : est-il sain qu'un président de la FIFA puisse régner sans opposition crédible ? La réponse est évidemment non. Mais l'architecture même du pouvoir à la FIFA — un homme, une fédération, une voix, avec 211 membres — favorise structurellement le sortant. Celui qui tient les cordons de la bourse tient les votes. C'est vieux comme le monde, et ça marche toujours aussi bien à Zurich.
Ce qu'il faut surveiller
Si Montagliani confirme officiellement son retrait, Infantino se dirigerait vers une réélection sans adversaire, un scénario qu'il a déjà connu et qui renforcerait encore davantage son emprise sur l'institution. L'absence de compétition électorale transformerait le congrès du 18 mars en simple cérémonie de couronnement.
Il faudra observer si un autre candidat émerge dans les semaines qui viennent, même symboliquement. Mais les chances sont minces : les présidents de confédérations qui auraient le poids politique nécessaire — en Afrique, en Asie, en Amérique du Sud — sont pour la plupart alignés avec le pouvoir en place ou trop dépendants des flux financiers de la FIFA pour risquer une fronde.
Plus largement, cette non-candidature pose la question de la gouvernance du football mondial pour les années à venir. Avec un Mondial 2026 aux portes, un Mondial des Clubs nouvelle formule lancé, et des projets pharaoniques qui se multiplient, Infantino avance sans contre-pouvoir réel. Le Parlement européen, certaines fédérations nord-européennes et quelques voix dans la presse spécialisée continuent de poser des questions sur la transparence et la gestion. Mais sans opposition interne structurée, ces voix restent des murmures dans le vent de Zurich.
Le football mondial mérite un débat démocratique sur sa direction. Il n'en aura visiblement pas en mars prochain.
Tu veux le meilleur du foot français chaque lundi à 7h ? Inscris-toi à la newsletter.
S'inscrire pour recevoir les prochaines