La FIFA a posé ses valises dans la Trump Tower, moyennant un bail de près de 4 millions de dollars. Révélée par une enquête du Monde, cette installation au cœur de l'empire immobilier de Donald Trump vient alimenter un feuilleton qui dépasse largement le cadre du football : celui des liens de plus en plus visibles entre Gianni Infantino et le président américain. Et non, ce n'est pas anodin.
Les faits
Au printemps 2025, la FIFA a signé un bail pour louer des bureaux au sein de la Trump Tower, l'immeuble emblématique de la Cinquième Avenue à New York. Le montant du contrat avoisinerait les 4 millions de dollars, et le bail a été conclu avec une société directement liée à la famille de Donald Trump. C'est une enquête publiée par Le Monde qui a mis en lumière cette transaction, soulevant immédiatement des interrogations sur la nature des rapports entre le patron de la FIFA et le locataire le plus célèbre de la Maison-Blanche.
Rappelons le contexte : la Coupe du monde 2026 se joue aux États-Unis, au Mexique et au Canada, avec une part prépondérante du tournoi sur le sol américain. La FIFA a donc besoin d'une présence opérationnelle à New York, ça se comprend. Mais le choix de la Trump Tower, alors que Manhattan regorge de milliers de mètres carrés de bureaux disponibles, pose une question que même le plus naïf des observateurs ne peut esquiver : pourquoi là, pourquoi chez lui ?
Notre lecture
Soyons clairs : la FIFA ne manque pas de moyens pour trouver des bureaux à Manhattan. Midtown, le Financial District, Hudson Yards — les options ne manquent pas, souvent à des tarifs compétitifs, sans la moindre zone grise éthique. Choisir la Trump Tower, c'est faire un geste politique. Point.
Quand on loue chez un chef d'État avec lequel on co-organise le plus grand événement sportif de la planète, ce n'est plus de l'immobilier : c'est de la diplomatie de portefeuille.
Gianni Infantino n'en est pas à son premier rapprochement avec les cercles du pouvoir. On l'a vu câliner Mohammed ben Salmane, fréquenter assidûment les couloirs du Kremlin avant la Coupe du monde 2018, et tisser des liens privilégiés avec à peu près tous les régimes où le football sert de levier géopolitique. Le patron suisse de la FIFA a fait de l'entregent sa marque de fabrique. Mais cette fois, le décor est différent. Les États-Unis ne sont pas un pays hôte comme les autres : c'est le marché qui doit consacrer l'expansion du football mondial version Infantino, avec un Mondial à 48 équipes et un nouveau Mondial des clubs déjà lancé.
Verser près de 4 millions de dollars à une entité liée à la famille Trump, c'est s'exposer frontalement à un soupçon de conflit d'intérêts. Donald Trump peut-il intervenir — directement ou indirectement — sur les conditions d'organisation du Mondial 2026 ? Sur les garanties fiscales, sécuritaires, logistiques accordées à la FIFA ? Évidemment. Et c'est précisément là que le bât blesse. On ne parle pas d'une location d'appartement pour un week-end : on parle d'un bail signé par l'instance qui gouverne le football mondial avec l'entourage économique du chef de l'État du pays hôte.
Le pire, c'est que la FIFA a probablement passé cela en revue juridique et considéré que c'était "acceptable". Ce qui en dit long sur la culture de gouvernance de l'institution zurichoise. On a beau avoir changé de président après l'ère Blatter, les réflexes restent les mêmes : l'opacité comme méthode, l'indécence comme routine.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs fronts vont s'ouvrir. D'abord, la réaction — ou l'absence de réaction — du comité d'éthique de la FIFA. Si cette instance, dont l'indépendance a toujours été sujette à caution, reste muette, cela confirmera qu'elle n'est qu'un organe décoratif. Ensuite, il faudra observer si des parlementaires américains ou européens s'emparent du dossier : les sénateurs américains avaient su se montrer pugnaces lors du FIFAGate en 2015, on attend de voir si cet épisode ravive leur intérêt.
Côté presse, l'enquête du Monde pourrait n'être que le premier volet d'un dossier plus large sur les flux financiers entre la FIFA et l'écosystème Trump. D'autres contrats, d'autres arrangements existent-ils ? La question mérite d'être posée, car dans l'histoire de la FIFA, quand on tire un fil, la pelote ne finit jamais.
Enfin, à huit mois du coup d'envoi du Mondial 2026, cette affaire pose un problème d'image colossal pour une compétition censée incarner le renouveau. On voulait nous vendre le Mondial de la modernité et de la transparence — on nous sert un bail chez Trump. Le football méritait mieux. Mais le football, sous Infantino, a rarement obtenu ce qu'il méritait.
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