C'est l'histoire d'un sélectionneur qui ne sait pas dire au revoir — ou d'une fédération qui ne sait pas tourner la page. Carlos Queiroz quitte le Ghana pour la deuxième fois en 2026, après un retour éclair en septembre qui n'aura accouché que de nouvelles désillusions. Le feuilleton serait comique s'il ne racontait pas, en creux, la dérive d'une sélection autrefois référence du continent.
Les faits
Le Portugais de 73 ans avait été nommé sélectionneur des Black Stars en avril 2026. Un premier passage qui s'est terminé dès la fin de la Coupe du monde, sans que l'aventure ait laissé un souvenir impérissable. Puis, contre toute logique apparente, Queiroz est revenu sur le banc ghanéen en septembre, à peine quelques semaines après son départ. Un come-back express censé relancer la machine dans le cadre des éliminatoires de la CAN 2027.
Résultat : des performances insuffisantes, un bilan sportif qui n'a pas redressé la barre, et un nouveau divorce, cette fois qualifié de « commun accord » — la formule diplomatique universelle quand plus personne ne veut assumer l'échec. En moins de six mois, Queiroz aura donc été nommé, parti, rappelé, puis remercié. Un cycle complet de gestion de crise comprimé dans un temps record.
Notre lecture
Il y a quelque chose de profondément dysfonctionnel dans cette séquence, et le problème dépasse largement la personne de Carlos Queiroz. Certes, le Portugais n'est plus le technicien qui avait mené l'Iran à deux Coupes du monde consécutives ou qui avait servi d'adjoint de luxe à Sir Alex Ferguson. À 73 ans, son CV ressemble de plus en plus à une collection de missions de pompier sur des sélections en perdition — avec des résultats de plus en plus mitigés.
Mais le vrai scandale, c'est la gouvernance du football ghanéen. Rappeler un sélectionneur quelques semaines après l'avoir laissé partir, c'est l'aveu d'une fédération qui navigue à vue, sans projet sportif, sans vision, sans colonne vertébrale. On ne construit pas une sélection nationale en mode Tinder : swipe à gauche, regret, swipe à droite, re-regret.
Quand un pays rappelle un coach qu'il vient de lâcher, ce n'est pas de la fidélité — c'est de la panique.
Le Ghana, rappelons-le, c'est quatre titres de Coupe d'Afrique des Nations, un quart de finale de Coupe du monde en 2010, une génération dorée qui a fait vibrer tout un continent. Aujourd'hui, les Black Stars en sont réduits à enchaîner les intérimaires et les paris perdus sur des techniciens en fin de parcours. La chute est vertigineuse.
Et Queiroz dans tout ça ? Il est difficile de lui jeter entièrement la pierre. Accepter de revenir dans un contexte aussi instable relevait soit de l'orgueil, soit de l'inconscience — probablement un peu des deux. Mais on ne redresse pas une sélection en crise avec un mandat de six semaines. C'est une évidence que tout le monde semblait ignorer à Accra.
Ce qu'il faut surveiller
La question immédiate est simple : qui pour reprendre les Black Stars ? Avec des éliminatoires de la CAN 2027 déjà mal embarquées, le Ghana n'a pas le luxe du temps. Chaque journée de qualification qui passe sans victoire rapproche un scénario impensable il y a dix ans : un Ghana absent de la plus grande fête du football africain.
Au-delà du nom du prochain sélectionneur, c'est la méthode de la fédération ghanéenne qui devra changer. Tant que les décisions seront prises dans l'urgence et l'émotion, aucun technicien — qu'il s'appelle Queiroz, Hervé Renard ou Pep Guardiola — ne pourra inverser la trajectoire. Le Ghana a besoin d'un projet, pas d'un nouveau pansement.
Enfin, cette affaire pose une question plus large sur le marché des sélectionneurs en Afrique. Combien de fédérations continuent de miser sur des noms ronflants mais fatigués, plutôt que d'investir dans des techniciens locaux ou des profils moins glamour mais plus adaptés au contexte ? Le cas Queiroz au Ghana devrait servir de cas d'école. On parie qu'il ne servira à rien.
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