On croyait avoir touché le plafond avec le passage de 32 à 48 équipes. C'était sous-estimer Gianni Infantino, président visionnaire — ou mégalomane, selon le prisme — d'une FIFA qui n'a jamais su résister à la tentation du toujours plus. Voilà que le patron du football mondial ouvre officiellement la porte à une Coupe du Monde à 64 nations. Accrochez vos ceintures, le football-spectacle entre dans une nouvelle dimension.
Les faits
Alors que la Coupe du Monde 2026, organisée conjointement par les États-Unis, le Canada et le Mexique, se profile déjà comme la plus XXL de l'histoire avec 48 équipes au coup d'envoi, Gianni Infantino a confirmé que la possibilité d'élargir encore le plateau à 64 sélections est bel et bien sur la table. Le président de la FIFA n'a pas précisé d'échéance ni de modalités concrètes, mais le signal envoyé est clair : l'institution zurichoise considère cette hypothèse comme crédible et envisageable.
Rappelons le contexte : le format actuel du Mondial 2026 prévoit déjà 104 matchs répartis sur un mois de compétition, contre 64 lors de l'édition 2022 au Qatar. Le passage à 48 équipes avait déjà fait grincer des dents — calendrier surchargé, dilution du niveau, fatigue des joueurs — mais la FIFA avait balayé les critiques au nom de l'universalité et de l'inclusion. Avec 64 équipes, on franchirait un nouveau cap : un tiers des sélections nationales affiliées à la FIFA sur la pelouse d'un même tournoi.
Notre lecture
Soyons honnêtes : personne n'avait besoin de ça. Le football mondial n'est pas en manque de compétitions. Entre la Ligue des Nations, les qualifications interminables, les Coupes continentales qui s'étirent et un calendrier des clubs déjà au bord de l'implosion, rajouter des matchs au Mondial relève davantage de la stratégie commerciale que de la vision sportive.
Le Mondial à 64, c'est la logique Netflix appliquée au football : plus de contenu, pas forcément plus de qualité.
Car la question centrale, celle que la FIFA esquive systématiquement, c'est celle du niveau. On a tous en tête ces phases de groupes déjà soporifiques avec 32 équipes, où certains matchs du troisième chapeau contre le quatrième ressemblaient à des amicaux de pré-saison. Avec 48, le risque était déjà identifié. Avec 64, on parle potentiellement de confrontations entre des nations qui peinent à exister dans leurs propres confédérations. L'universalité, oui. Le nivellement par le bas, non merci.
Mais Infantino s'en moque, et il a ses raisons. Chaque sélection qualifiée, c'est un marché télévisuel activé, des sponsors locaux mobilisés, des droits TV négociés pays par pays. La FIFA ne vend pas du football, elle vend de la présence mondiale. Et dans cette logique, 64 vaut mieux que 48, qui valait mieux que 32. Le produit sportif n'est qu'un prétexte — le vrai match se joue dans les salles de réunion avec les diffuseurs et les annonceurs.
On notera aussi l'absence totale de concertation visible avec les acteurs du jeu. Les syndicats de joueurs alertent depuis des années sur la surcharge de matchs. Les entraîneurs de clubs pestent contre les trêves internationales à rallonge. Les médecins du sport documentent l'augmentation des blessures musculaires liées à l'accumulation des rencontres. Mais tout ce petit monde parle dans le vide tant que la machine à cash FIFA tourne à plein régime.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments vont déterminer si cette idée reste un ballon d'essai médiatique ou devient une réalité pour 2030 ou 2034 :
Le retour d'expérience du Mondial 2026. Si le format à 48 fonctionne commercialement mais pêche sportivement — matchs creux, stades vides en phase de groupes, fatigue visible des stars — les critiques pourraient freiner l'élan. À l'inverse, si l'événement cartonne en audiences et en revenus, Infantino aura le boulevard.
La position des confédérations. L'Afrique et l'Asie, grandes bénéficiaires de l'élargissement, pousseront logiquement en faveur du passage à 64. L'UEFA, elle, pourrait se montrer plus réticente, soucieuse de protéger la valeur de sa Ligue des Champions et de ses compétitions propres.
Le poids des clubs. L'European Club Association et les grands championnats n'accepteront pas de libérer davantage de fenêtres internationales sans contreparties financières massives. Le bras de fer promet d'être brutal.
Une chose est sûre : avec Infantino aux commandes, le plafond n'existe pas. Le Mondial est devenu un produit extensible à l'infini, au service d'une FIFA qui confond grandeur et gigantisme. Reste à savoir si le football y survivra.
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