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Coupe du Monde 2026FIFA

LA FIFA BRICOLE SON RÈGLEMENT POUR ENTERRER LE SCANDALE BALOGUN-TRUMP

La FIFA s'apprête à modifier son règlement disciplinaire pour justifier rétroactivement l'annulation de la suspension de Balogun lors du Mondial, décidée sous pression de Trump. Du blanchiment réglementaire en bonne et due forme.

Par Lavar15 OCT. 20264 min de lectureD'après L'Équipe

Prise la main dans le sac après avoir cédé aux pressions de la Maison-Blanche lors de la Coupe du monde, la FIFA tente désormais de réécrire ses propres règles pour maquiller l'ingérence. Un exercice d'acrobatie juridique qui en dit long sur l'état de l'institution.

Les faits

Ce jeudi, le Conseil de la FIFA prévoit de voter une mesure visant à « améliorer l'application de l'article 27 » de son règlement disciplinaire. Derrière cette formulation technocratique soigneusement emballée, c'est bien l'affaire Folarin Balogun qui est dans le viseur. Pour rappel, l'attaquant américain avait vu sa suspension annulée en pleine Coupe du monde, une décision survenue après une intervention directe de Donald Trump. La FIFA, visiblement embarrassée par les retombées de cet épisode, cherche désormais à modifier son cadre réglementaire pour justifier a posteriori ce qui s'est passé.

En clair : plutôt que de reconnaître qu'elle a plié face à une pression politique extérieure, l'instance mondiale préfère changer les règles du jeu après coup. L'objectif est limpide — créer un précédent juridique qui rende rétrospectivement acceptable ce qui, au moment des faits, ressemblait furieusement à une capitulation.

Notre lecture

Il faut appeler les choses par leur nom : ce n'est pas une amélioration, c'est un blanchiment réglementaire. La FIFA ne corrige pas une faille dans son système disciplinaire. Elle fabrique un alibi institutionnel pour couvrir une décision politique prise sous pression.

Quand une institution change ses règles pour justifier ses erreurs passées, elle ne se réforme pas — elle se compromet un peu plus.

L'affaire Balogun est un cas d'école de ce que le football mondial est devenu sous la présidence Infantino : un terrain de jeu géopolitique où les principes sportifs s'effacent devant les rapports de force diplomatiques. Qu'un président des États-Unis puisse influer sur une décision disciplinaire de la FIFA en plein tournoi planétaire, et que la réponse de l'instance soit non pas de blinder son indépendance mais d'adapter son règlement pour que ça passe mieux — voilà qui devrait alarmer bien au-delà des cercles du ballon rond.

Car le message envoyé est dévastateur. À toutes les fédérations, à tous les gouvernements : si vous avez suffisamment de poids politique, la FIFA trouvera un moyen de s'arranger. On imagine mal la même mansuétude pour une intervention du président du Ghana ou du Premier ministre népalais. La géométrie variable de l'indépendance de la FIFA n'est même plus un secret — c'est désormais gravé dans le marbre réglementaire.

Le timing est également révélateur. Plutôt que d'agir dans l'urgence, la FIFA a attendu que la poussière retombe pour légiférer. Pas de vagues pendant la compétition, on rangera les dégâts après. C'est la stratégie de communication préférée des institutions qui confondent gestion de crise et gestion d'image. On ne règle pas le problème, on ajuste la vitrine.

Et puis il y a la question de fond que personne à Zurich ne semble vouloir poser : quid de l'équité sportive ? Si Balogun a joué des matchs auxquels il n'aurait pas dû participer selon les règles en vigueur au moment des faits, qu'en est-il des adversaires lésés ? Modifier l'article 27 aujourd'hui ne change rien à ce qui s'est passé sur le terrain hier. Les équipes qui ont affronté les États-Unis avec Balogun dans le onze apprécieront.

Ce qu'il faut surveiller

D'abord, le vote du Conseil ce jeudi : passera-t-il sans opposition, comme c'est souvent le cas dans une instance où la contradiction est un sport en voie de disparition ? La nature exacte des modifications apportées à l'article 27 sera cruciale — plus elles seront vagues, plus elles confirmeront qu'il s'agit d'un écran de fumée.

Ensuite, il faudra observer la réaction des fédérations nationales, notamment celles dont les sélections ont croisé la route des États-Unis pendant la Coupe du monde. Si certaines décident de contester rétroactivement les résultats ou de saisir le Tribunal Arbitral du Sport, l'affaire pourrait prendre une toute autre dimension.

Enfin, et c'est peut-être le plus important : ce précédent ouvre une brèche. La prochaine fois qu'un État puissant voudra peser sur une décision sportive, il saura que la FIFA est prête à réécrire ses textes plutôt que de défendre ses principes. Dans un football mondial où les Coupes du monde se négocient comme des contrats pétroliers, ce n'est malheureusement pas une surprise — mais c'est une défaite de plus pour ceux qui croient encore que le sport peut exister en dehors des jeux de pouvoir.

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