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Coupe du Monde 2026Gary Lineker

LINEKER, POUTINE ET LA FIFA : QUAND LE FOOT DEVIENT UN PIÈGE GÉOPOLITIQUE

Gary Lineker a refusé de rencontrer Poutine lors du tirage au sort du Mondial 2018, et a rompu avec la FIFA. Une anecdote révélatrice des compromissions du football de haut niveau.

Par Lavar24 SEPT. 20264 min de lectureD'après L'Équipe

Gary Lineker ne voulait pas serrer la main de Vladimir Poutine. Et plutôt que de jouer le jeu diplomatique que la FIFA attendait de lui, l'ancien buteur anglais a préféré inventer une excuse et, à terme, couper les ponts avec l'instance mondiale. Une anecdote qui en dit long sur les compromissions que le football de haut niveau exige parfois de ses figures les plus exposées.

Les faits

L'histoire remonte au tirage au sort de la Coupe du monde 2018, organisé en Russie. Gary Lineker, consultant star de la BBC et figure incontournable du football anglais, était alors sollicité par la FIFA pour participer à l'événement. Jusque-là, rien de très surprenant : Lineker a longtemps été l'un des visages médiatiques les plus bankables du football mondial, et l'instance de Zurich aimait s'entourer de légendes du jeu pour habiller ses cérémonies.

Sauf que le programme prévoyait un passage au Kremlin et une rencontre avec Vladimir Poutine. Et ça, Lineker n'en voulait pas. L'ancien attaquant de Tottenham et du Barça a révélé avoir trouvé une excuse pour éviter cette poignée de main, refusant de se prêter à ce qui ressemblait à une opération de soft power orchestrée par le régime russe, avec la bénédiction complaisante de la FIFA.

Plus encore, cette expérience a constitué un point de rupture : Lineker a ensuite pris ses distances avec l'instance mondiale, refusant de travailler pour elle. Un divorce discret mais symbolique entre l'un des commentateurs les plus influents du football anglais et la plus puissante organisation du sport mondial.

Notre lecture

Il y a quelque chose de fascinant — et de profondément déprimant — dans cette anecdote. La FIFA, en 2017, demandait tranquillement à ses ambassadeurs de parade d'aller sourire devant un autocrate. Comme si c'était la moindre des choses. Comme si la poignée de main avec Poutine faisait partie du package, au même titre que le costume bien coupé et le sourire pour les caméras.

Le football n'est jamais que du football quand il sert de décor à ceux qui veulent réécrire leur image.

Lineker, il faut le reconnaître, a eu le cran de dire non. Pas au micro, pas dans un éditorial enflammé — mais dans le silence, en esquivant le piège. C'est moins spectaculaire qu'un discours à la tribune, certes. Mais dans un écosystème où presque tout le monde ferme les yeux, le simple fait de refuser la mise en scène mérite d'être souligné.

Car qui, parmi les anciennes gloires du ballon rond, a eu ce réflexe ? La Coupe du monde 2018 a été un festival de complaisance. Des légendes du jeu ont défilé à Moscou avec le sourire, participant allègrement au storytelling d'un régime qui, quelques mois plus tôt, était accusé d'empoisonnement sur sol britannique. La FIFA, fidèle à elle-même, n'y voyait aucun problème : le football, c'est le football, et la politique n'a rien à voir là-dedans. On connaît la chanson.

Ce qui est remarquable, c'est que cette prise de distance de Lineker n'a rien d'un coup de com'. Il ne l'a pas brandié à l'époque pour se donner le beau rôle. Il le raconte aujourd'hui, avec le recul, et c'est précisément ce qui rend le témoignage crédible. On est loin de la posture vertueuse à posteriori : l'homme a simplement refusé d'être instrumentalisé, et il en a tiré les conséquences durablement.

On peut aussi y lire un symptôme plus large. La FIFA post-Blatter, malgré les promesses de réforme de Gianni Infantino, continue de traiter ses événements comme des outils diplomatiques offerts aux puissances accueillantes. Qatar 2022 l'a confirmé avec une brutalité encore plus flagrante. Et pour 2030, avec une Coupe du monde éclatée sur trois continents, on peut se demander combien de poignées de main embarrassantes seront encore au programme.

Ce qu'il faut surveiller

Le témoignage de Lineker relance une question qui ne cessera jamais d'être pertinente : jusqu'où les acteurs du football doivent-ils aller pour servir les intérêts de la FIFA ? Et surtout, combien sont prêts à dire non ?

Avec la Coupe du monde 2026 qui approche aux États-Unis, au Canada et au Mexique, et celle de 2030 qui promet un format tentaculaire, la question de l'instrumentalisation des légendes du jeu par l'instance mondiale reste brûlante. La FIFA a besoin de ces visages pour vendre son produit. Mais ces visages, eux, ont-ils encore besoin de la FIFA ?

Lineker, à sa manière, a répondu. Il serait intéressant de savoir combien d'autres ont eu la même lucidité — et combien ont préféré ne pas y penser.

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