Après avoir dirigé la Belgique puis le Portugal, Roberto Martinez serait sur le point de prendre les rênes des Oranje. Un parcours de mercenaire des bancs nationaux qui interroge autant qu'il fascine. Décryptage d'un profil devenu incontournable sur le marché très fermé des sélectionneurs.
Les faits
Ronald Koeman a démissionné de son poste de sélectionneur des Pays-Bas, laissant la Fédération néerlandaise (KNVB) en quête d'un successeur. Selon le Telegraaf, référence absolue de la presse néerlandaise, c'est Roberto Martinez qui aurait été approché et à qui le poste aurait été proposé. Si l'Espagnol accepte, il deviendrait le premier coach à avoir dirigé trois sélections européennes de premier plan en enchaînement quasi direct : la Belgique (2016-2023), le Portugal (2023-2024) et désormais les Pays-Bas.
Le timing est notable. Martinez, libre depuis son départ du Portugal après l'Euro 2024, n'a pas repris de poste depuis. Le marché des sélectionneurs est un monde à part, où les opportunités se comptent sur les doigts d'une main. Et quand une nation du calibre des Pays-Bas frappe à votre porte, on imagine mal comment on peut refuser.
Notre lecture
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette trajectoire Martinez. L'Espagnol est devenu, presque malgré lui, le profil-type du sélectionneur moderne : polyglotte, diplomate, capable de gérer des vestiaires remplis d'egos surdimensionnés, et suffisamment souple tactiquement pour s'adapter à des identités footballistiques très différentes.
Martinez n'est pas un révolutionnaire du jeu. C'est un gestionnaire de talents qui sait ne pas casser ce qui fonctionne.
C'est précisément ce qui pose question. Avec la Belgique, il a hérité d'une génération dorée — De Bruyne, Hazard, Lukaku, Courtois — et n'a jamais réussi à la transformer en titre majeur. La demi-finale du Mondial 2018 reste son fait d'armes, mais aussi l'illustration de son plafond : brillant pour structurer, insuffisant pour transcender. Au Portugal, l'aventure a été plus courte et s'est terminée sur un Euro 2024 sans éclat particulier, malgré un effectif pléthorique.
Alors pourquoi les Pays-Bas se tournent-ils vers lui ? Parce que le marché des sélectionneurs disponibles est un désert. Les meilleurs tacticiens sont verrouillés en club, les anciens glorieux ne veulent pas forcément du rythme haché des trêves internationales, et les profils audacieux font peur aux fédérations. Martinez coche toutes les cases du candidat rassurant : expérience internationale, pas de scandale, un discours lisse qui plaît aux dirigeants. C'est le choix de la raison, pas celui du cœur.
Et c'est peut-être là que le bât blesse pour les supporters néerlandais. Le football orange, c'est une philosophie, un héritage, une manière d'être sur le terrain. De Cruyff à Van Gaal, en passant par Michels, les Pays-Bas ont toujours eu un rapport quasi mystique à leur identité de jeu. Confier les clés à un coach pragmatique, aussi compétent soit-il, c'est prendre le risque d'un divorce culturel. Koeman, malgré ses limites, avait au moins la légitimité du sang orange. Martinez arrive en terrain étranger, dans tous les sens du terme.
Cela dit, soyons honnêtes : le romantisme ne gagne pas les tournois. Et les Pays-Bas, malgré leur ADN offensif, n'ont plus rien gagné depuis l'Euro 1988. Si Martinez peut apporter la rigueur défensive et l'organisation qui ont parfois manqué aux Oranje, le pari pourrait se défendre. Le football néerlandais a suffisamment de créativité dans ses rangs pour que Martinez n'ait qu'à canaliser plutôt qu'à inventer.
Ce qu'il faut surveiller
La réponse officielle de Martinez sera évidemment le premier domino. Si le Telegraaf a lâché l'info, c'est que les discussions sont suffisamment avancées pour fuiter — aux Pays-Bas, ce genre de fuite est rarement accidentel.
Ensuite, il faudra observer la réaction du vestiaire néerlandais. Des joueurs comme Van Dijk, Gakpo ou De Jong ont-ils été consultés ? Dans le football de sélection moderne, l'adhésion du groupe est fondamentale. Un coach imposé sans concertation, c'est un mandat qui commence avec un handicap.
Enfin, la vraie question sera celle du projet sportif à moyen terme. Martinez signe-t-il pour un cycle complet menant à la Coupe du monde 2026 — si le calendrier le permet — ou pour une mission de transition ? La nature du contrat en dira long sur l'ambition réelle de la KNVB. Un intérim déguisé ou un vrai pari stratégique ? Toute la différence est là.
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