Kylian Mbappé ne se contente plus de changer de club, il change d'univers. En quittant Nike — son équipementier depuis les premiers crampons — pour devenir ambassadeur et actionnaire de la marque suisse On, l'attaquant du Real Madrid envoie un signal qui dépasse largement le vestiaire. On décrypte.
Les faits
Kylian Mbappé met fin à son partenariat historique avec Nike. La virgule américaine, qui accompagnait le Français depuis ses débuts professionnels, perd son visage le plus bankable du football hexagonal. L'attaquant du Real Madrid rejoint On, la marque suisse en pleine ascension dans l'univers du sportswear, non seulement en tant qu'ambassadeur mais également en tant qu'actionnaire de l'entreprise.
Le détail a son importance : Mbappé ne signe pas un simple contrat d'image. Il prend des parts dans la structure. On passe ici d'une logique de sponsoring classique — tu portes, tu souris, tu encaisses — à un modèle hybride où le joueur devient partenaire économique de la marque qu'il représente. Un positionnement que l'on voit de plus en plus dans le sport américain, mais qui reste extrêmement rare dans le football européen.
Notre lecture
Soyons clairs : ce n'est pas qu'un changement de crampons, c'est un changement de paradigme. Mbappé, qu'on l'aime ou qu'on le trouve agaçant dans sa communication ultra-contrôlée, vient de poser un acte qui en dit long sur la manière dont les superstars du football envisagent désormais leur carrière.
Le joueur ne veut plus être le panneau publicitaire. Il veut être au conseil d'administration.
Quitter Nike, c'est quitter le confort absolu. La marque de Beaverton habille à peu près tout ce qui court, dribble ou marque sur la planète. Ses contrats sont parmi les plus généreux du marché. Mais Nike, c'est aussi une machine qui broie l'individualité : tu es un visage parmi des dizaines dans un catalogue de stars. Chez On, Mbappé sera le visage. La différence est colossale en termes de pouvoir d'influence et de levier stratégique.
On, pour ceux qui ne suivent pas le marché de la sneaker et du running, c'est la marque qui a explosé ces dernières années avec ses semelles à bulles reconnaissables entre mille. Cotée en bourse depuis 2021, valorisée à plusieurs milliards, elle cherche à grignoter des parts de marché sur le terrain du lifestyle sportif haut de gamme. Signer Mbappé, c'est s'acheter une crédibilité football instantanée — un sport où On n'avait jusqu'ici aucune légitimité.
Pour Mbappé, le calcul est tout aussi limpide. À 27 ans, déjà installé au Real Madrid, il construit méthodiquement son empire post-carrière. Le volet actionnariat n'est pas un gadget marketing : c'est un investissement concret dans une entreprise en croissance. Si On continue sa trajectoire, les parts de Mbappé pourraient valoir bien plus qu'un contrat de sponsoring classique sur dix ans. Le gamin de Bondy joue désormais au capital-risqueur.
On peut aussi y voir une forme de frustration vis-à-vis de Nike. Mbappé n'a jamais eu sa propre ligne signature chez la marque américaine — un privilège réservé à une poignée d'élus comme LeBron James ou Cristiano Ronaldo à l'époque. Chez On, il aura vraisemblablement les mains libres pour co-développer des produits. C'est un ego move autant qu'un business move, et dans le cas de Mbappé, les deux sont rarement dissociables.
Ce qu'il faut surveiller
Premièrement, la réaction de Nike. Perdre Mbappé, c'est perdre la vitrine numéro un du football français. La marque va devoir se repositionner — probablement en misant encore davantage sur la prochaine génération. Reste à savoir si un joueur peut réellement performer au plus haut niveau avec des crampons On, une marque qui n'a aucun historique dans la conception de chaussures de football professionnel.
Deuxièmement, l'effet domino. Si Mbappé réussit son coup — financièrement et en termes d'image — d'autres stars pourraient être tentées par le modèle ambassadeur-actionnaire avec des marques challengers. Haaland chez une marque émergente ? Bellingham qui prend des parts dans un équipementier ? Le précédent est posé.
Troisièmement, la dimension terrain. On va scruter ses performances avec ces nouveaux crampons aux pieds. Au moindre match raté, au moindre glissement suspect, les réseaux sociaux ne feront aucun cadeau. La pression commerciale et la pression sportive viennent de fusionner un peu plus.
Enfin, il faudra observer la stratégie globale de On dans le football. Mbappé est-il un coup isolé ou le premier domino d'une offensive plus large ? Si la marque suisse commence à signer des clubs ou d'autres internationaux, on assiste peut-être à la naissance d'un nouvel acteur majeur du marché des équipementiers. Et ça, Nike, adidas et Puma feraient bien de ne pas le prendre à la légère.
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