L'Aeroplanino s'est crashé en plein vol. Après une Coupe du monde décevante et une série noire en Ligue des nations, la Fédération turque a décidé de couper les moteurs. Vincenzo Montella n'est plus le sélectionneur de la Turquie, et franchement, on voyait mal comment il pouvait survivre à un tel enchaînement de désillusions.
Les faits
Vincenzo Montella a été limogé de son poste de sélectionneur de la Turquie, a-t-on appris ce 9 octobre 2026. L'Italien paie une addition devenue trop salée pour la Fédération turque : une Coupe du monde ratée — terme pudique pour qualifier ce qui ressemble à un naufrage collectif — suivie de quatre défaites consécutives en Ligue des nations. Quatre. De rang. Sans la moindre éclaircie.
Le technicien italien avait pourtant connu des jours meilleurs sur le banc turc. On se souvient de l'Euro 2024 en Allemagne, où sa sélection avait montré un visage séduisant, allant jusqu'en quarts de finale avec un mélange d'insouciance et de talent brut. Arda Güler, Hakan Çalhanoğlu, Kenan Yıldız : le réservoir était — et reste — alléchant sur le papier. Mais entre le papier et le terrain, Montella n'a visiblement pas réussi à maintenir le fil.
Notre lecture
Soyons honnêtes : la Turquie a un problème structurel qui dépasse le seul cas Montella. Ce pays est un éternel paradoxe du football mondial. Un vivier de talents qui fait saliver, des supporters parmi les plus bouillants de la planète, un championnat qui brasse des millions… et pourtant, une incapacité chronique à transformer tout cela en résultats durables au plus haut niveau.
Montella, dans cette histoire, est à la fois coupable et victime. Coupable parce qu'un sélectionneur qui encaisse quatre revers d'affilée en Ligue des nations après une Coupe du monde manquée ne peut pas rester en poste, quels que soient les circonstances atténuantes. C'est la loi du résultat, brutale mais limpide. Victime parce que le football turc a cette tendance mortifère à consumer ses entraîneurs comme des allumettes, sans jamais se poser la question de ce qui dysfonctionne en amont.
Changer de sélectionneur en Turquie, c'est un peu comme repeindre la façade d'un immeuble dont les fondations bougent.
Le problème turc, c'est celui de la gestion de l'après-euphorie. L'Euro 2024 avait créé un élan formidable, une ferveur nationale, l'impression que cette génération dorée allait enfin porter le pays vers les sommets. Mais la Turquie n'a jamais su capitaliser sur ses moments de grâce. On l'avait déjà vu après l'Euro 2008, après la demi-finale de 2002. Le schéma se répète avec une régularité presque clinique.
Et puis, il y a la question Montella en tant que technicien. L'ancien attaquant de la Roma et de Milan a toujours été un coach aux idées intéressantes mais à la solidité tactique questionnable quand les choses se corsent. Son passage à la Fiorentina, au Séville FC, à l'Adana Demirspor — autant d'expériences qui ont confirmé un profil : séduisant dans l'installation, fragile dans la durée. La sélection turque n'a pas échappé à cette constante.
Quatre défaites consécutives en Ligue des nations, c'est aussi le symptôme d'un groupe qui a lâché mentalement. Quand une équipe dotée de ce talent collectif s'effondre à ce point, c'est rarement qu'une question de tactique. C'est que quelque chose s'est cassé dans le vestiaire, dans la dynamique, dans la croyance. Et ça, c'est la responsabilité première du sélectionneur.
Ce qu'il faut surveiller
La grande question désormais : qui pour reprendre ce groupe ? La Fédération turque va devoir choisir entre un profil local — la piste d'un technicien turc qui connaît les rouages et l'ego surdimensionné du football national — et un nouveau pari étranger. Chaque option comporte ses risques.
Un nom turc rassurerait l'opinion publique, mais le vivier d'entraîneurs locaux de très haut niveau reste limité. Un profil étranger de premier plan exigerait des garanties financières et sportives que la Fédération n'a pas toujours su offrir par le passé.
Le timing est aussi un facteur clé. La Ligue des nations continue, et la prochaine fenêtre internationale approche. Le successeur de Montella devra éteindre l'incendie avant de reconstruire — un exercice qui demande du sang-froid et une autorité immédiate.
Enfin, il faudra surveiller la réaction des cadres. Des joueurs comme Çalhanoğlu ou Güler ont le talent pour porter une sélection, mais aussi le caractère pour devenir ingérables si le projet ne leur convient pas. Le prochain sélectionneur devra gérer des égos autant que des systèmes de jeu. Bonne chance.
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