Alors que Gianni Infantino semblait parti pour régner sans partage sur la FIFA ad vitam aeternam, une coalition anti-Infantino s'active en coulisses pour lui trouver un adversaire crédible. Et les noms qui circulent — présidents des fédérations hongroise ou roumaine — en disent long sur la stratégie de contournement à l'œuvre.
Les faits
L'Europe du football, emmenée par plusieurs fédérations influentes, planche activement sur un plan B dans la course à la présidence de la FIFA. Faute de pouvoir aligner un poids lourd incontestable face à Gianni Infantino, les anti-Infantino explorent des profils alternatifs, notamment du côté de l'Europe de l'Est. Les noms des présidents des fédérations hongroise et roumaine circulent comme candidats potentiels à la succession — ou plutôt à l'opposition — au président sortant.
Ce mouvement s'inscrit dans un contexte où Infantino a verrouillé la quasi-totalité des leviers de pouvoir au sein de l'instance mondiale. Fort de ses alliances avec les confédérations africaine, asiatique et sud-américaine, le patron de la FIFA a méthodiquement construit une base électorale qui rend toute contestation frontale extrêmement périlleuse. D'où cette nécessité, pour ses opposants, de penser en dehors du cadre classique.
Notre lecture
Soyons lucides : le fait même que l'opposition à Infantino en soit réduite à chercher un « plan B » plutôt qu'un plan A dit tout de l'état du rapport de forces. On ne parle pas ici du président de la fédération allemande, anglaise ou française qui se lèverait pour incarner une alternative crédible et médiatiquement puissante. Non. On parle de la Hongrie et de la Roumanie. Pas par mépris pour ces fédérations — la Roumanie a fait un bel Euro 2024, la Hongrie de Szoboszlai monte en puissance — mais parce que ces profils révèlent une stratégie du compromis plutôt que de la confrontation.
Pour battre Infantino, il ne suffit pas d'un candidat. Il faut un projet capable de fracturer ses alliances.
Et c'est là que le bât blesse. Infantino ne règne pas uniquement par le clientélisme ou la redistribution financière — même si le programme Forward et la Coupe du monde à 48 équipes sont clairement des outils de fidélisation massive. Il règne parce que personne n'a formulé de vision alternative cohérente. L'UEFA sous Čeferin a passé des années à se plaindre d'Infantino sans jamais oser le défier frontalement lors d'un scrutin. Le résultat ? Un président de la FIFA réélu par acclamation en 2023, sans opposant. Une humiliation démocratique que l'Europe du foot traîne comme un boulet.
Miser sur un candidat est-européen présente néanmoins une certaine logique géopolitique. Un profil hongrois pourrait s'appuyer sur les excellentes relations de Viktor Orbán avec plusieurs régimes africains et moyen-orientaux. Un profil roumain offrirait peut-être une image plus neutre, moins clivante. Mais dans les deux cas, la question fondamentale reste la même : avec quelles voix gagner ? Les 211 fédérations membres votent à une voix chacune, et Infantino a patiemment tissé sa toile sur chaque continent. Débaucher ne serait-ce que 30 % de ses soutiens relèverait déjà de l'exploit.
Le vrai problème de cette opposition, c'est qu'elle pense « candidat » quand elle devrait penser « rupture ». Infantino est vulnérable sur un point précis : la gouvernance. Les scandales de conflits d'intérêts, l'opacité de certaines décisions d'attribution, la concentration des pouvoirs — tout cela constitue un angle d'attaque potentiellement dévastateur. Encore faut-il un candidat prêt à en faire son cheval de bataille sans craindre les représailles institutionnelles.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs éléments vont être déterminants dans les semaines et mois à venir. D'abord, la position officielle de l'UEFA : la confédération européenne va-t-elle s'engager collectivement derrière un candidat unique, ou assistera-t-on à une dispersion des forces qui ferait le jeu d'Infantino ? L'unité européenne sera la condition sine qua non de toute candidature crédible.
Ensuite, il faudra observer les mouvements en Afrique et en Asie. Si l'opposition européenne veut avoir la moindre chance, elle devra impérativement fissurer le bloc pro-Infantino sur ces deux continents. Des contacts discrets existent probablement déjà, mais rien n'a filtré publiquement.
Enfin, gardons un œil sur le calendrier. Plus l'annonce d'une candidature tarde, plus Infantino consolidera sa position. Le temps joue mécaniquement en faveur du sortant. Si l'Europe du foot veut vraiment renverser la table, il va falloir passer du stade du « plan B qui circule dans les couloirs » à celui de l'offensive assumée. Et vite.
Car à force de plans B, C et D, on finit par ne plus avoir de plan du tout.
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