Vingt ans après avoir planté son crâne dans le sternum de Materazzi en finale de Coupe du monde, Zinédine Zidane s'apprête à retrouver l'Italie en tant que sélectionneur de l'équipe de France. Et non, il ne regrette rien. Mais il aimerait bien qu'on parle aussi du reste. Vaste programme.
Les faits
Ce vendredi soir (20h45), la France affronte l'Italie en Ligue des nations, un match qui prend une résonance particulière puisqu'il intervient presque jour pour jour vingt ans après la finale du Mondial 2006, perdue aux tirs au but à Berlin. Un soir où Zidane, dans le geste le plus iconique — et le plus absurde — de l'histoire du football français, avait été expulsé pour un coup de tête sur Marco Materazzi.
Désormais aux commandes des Bleus, Zidane a été inévitablement interrogé sur cet épisode. Sa position est claire et assumée : il ne nourrit aucun regret. Le coup de boule fait partie intégrante de sa carrière, un tout qu'il refuse de morceler. En revanche, il souhaite que le grand public ne résume pas son parcours à cette seule séquence de 110e minute.
Notre lecture
Soyons honnêtes : on ne retiendra jamais que le coup de boule. Mais on le retiendra toujours. Et c'est précisément ce qui fait de Zidane une figure si singulière dans le sport mondial. Il y a d'un côté la roulette de Séville, les deux têtes de Saint-Denis en 98, la volée de Glasgow, le Ballon d'Or, les trois Ligues des champions comme entraîneur du Real Madrid. Et de l'autre, cette image en plan large, captée par la steadicam de la finale, d'un numéro 10 qui perd la tête — au sens propre — au pire moment possible.
Zidane a raison de dire que ça fait partie de sa carrière. Parce que ça est sa carrière. Pas un accident de parcours, pas une parenthèse malheureuse : un acte viscéral, brutal, inexplicable et profondément humain, commis par un joueur qui n'a jamais été un ange sur un terrain. C'est ce mélange de grâce et de violence rentrée qui a toujours défini Zidane. Le coup de boule n'est pas une anomalie, c'est un concentré.
Demander aux gens de ne pas retenir le coup de boule, c'est comme demander aux gens de ne pas retenir la Joconde au Louvre. C'est trop tard, c'est gravé.
Mais ce qui est fascinant, c'est que cette franchise totale — pas de regret — est aussi ce qui lui permet d'avancer. Un autre aurait passé vingt ans à s'excuser, à jouer la contrition médiatique. Zidane, lui, intègre, assume, avance. C'est la même froideur qu'il affichait dans les vestiaires du Bernabéu quand il fallait gérer Cristiano Ronaldo et Sergio Ramos. Ce n'est pas de l'arrogance, c'est de l'acceptation radicale.
Et puis il y a le contexte de ce France-Italie. Zidane revient sur les lieux du traumatisme, mais dans un costume différent. Il n'est plus le joueur impulsif du 9 juillet 2006, il est le sélectionneur qui doit construire un projet, donner une identité à une équipe de France en quête de renouveau. La symbolique est énorme. Le piège aussi : si la France s'incline face à l'Italie, les raccourcis seront immédiats et impitoyables. La presse italienne n'attend que ça.
Ce qu'il faut surveiller
Au-delà du folklore mémoriel, ce match sera un vrai baromètre pour le début de l'ère Zidane sur le banc des Bleus. L'Italie reste un adversaire de référence, et la Ligue des nations, même si elle n'enflamme pas toujours les foules, offre un cadre compétitif qui ne pardonne pas la complaisance.
Il faudra observer comment Zidane gère la pression narrative. Car c'est bien de cela qu'il s'agit : peut-il empêcher que cette rencontre se transforme en match-commémoration ? Peut-il imposer son projet de jeu sans que chaque plan de caméra sur son visage soit lu à travers le prisme de Berlin 2006 ? C'est le défi invisible de la soirée.
Enfin, surveillons la réaction des joueurs. Une nouvelle génération qui n'a pas vécu 2006, qui n'a peut-être même pas de souvenir conscient de ce coup de boule. Pour eux, Zidane n'est pas l'homme de la 110e minute. Il est le coach. Et c'est peut-être la meilleure nouvelle pour tout le monde.
Tu veux le meilleur du foot français chaque lundi à 7h ? Inscris-toi à la newsletter.
S'inscrire pour recevoir les prochaines