Quatre matches, zéro titre, et déjà des supporters qui promettent trois Coupes du monde et trois Euros. L'ère Zidane en équipe de France déchaîne un enthousiasme délirant, presque mystique. Entre espoir légitime et déconnexion totale de la réalité, plongée dans la fièvre bleue version ZZ.
Les faits
Zinédine Zidane a pris les rênes de l'équipe de France et, après quatre rencontres à la tête des Bleus, le verdict des tribunes est sans appel : les supporters voient déjà grand. Très grand. Trop grand, peut-être. Le constat qui revient dans les témoignages recueillis par la presse est double. D'abord, un jeu jugé plus séduisant que sous l'ère Deschamps — ce qui, reconnaissons-le, ne constituait pas le plus insurmontable des défis. Ensuite, une confiance quasi aveugle dans la capacité de Zidane à ramener des trophées, et pas qu'un seul.
Certaines voix plus mesurées rappellent tout de même la difficulté de faire mieux que Didier Deschamps, dont le bilan reste historiquement exceptionnel : une Coupe du monde 2018, une finale en 2022, et une longévité record à la tête de la sélection. Mais ces voix-là sont, pour l'instant, noyées dans le bruit de l'euphorie collective.
Notre lecture
Soyons clairs : ce qui se joue autour de Zidane dépasse le football. C'est un phénomène quasi religieux. ZZ n'est pas un sélectionneur, c'est un totem. Il suffit qu'il s'assoie sur le banc pour que les gens rêvent de soulever des trophées. Et c'est précisément là que le piège se referme.
Promettre trois Coupes du monde et trois Euros après quatre matches, c'est comme annoncer un triplé après un bon échauffement.
Le problème n'est pas Zidane lui-même. L'homme a prouvé au Real Madrid qu'il savait gérer un vestiaire de stars et gagner au plus haut niveau — trois Ligues des champions consécutives, on ne le répétera jamais assez. Le problème, c'est le niveau d'attente irrationnel que la France place sur ses épaules avant même qu'il ait disputé la moindre compétition officielle. On parle de matches de qualification ou de Ligue des Nations, pas d'une demi-finale de Mondial.
Le jeu est plus séduisant ? Possible. Deschamps avait fait de la France une machine pragmatique, parfois cynique, souvent efficace, rarement emballante. Le moindre changement de philosophie — un pressing plus haut, des combinaisons plus fluides, un milieu de terrain moins verrouillé — suffit à créer un effet « waouh » par contraste. Mais quatre matches ne constituent pas une identité de jeu. Quatre matches ne prouvent rien, si ce n'est une intention. Et les intentions, en football, ne remplissent pas les vitrines à trophées.
Ce qui est fascinant, c'est la mémoire sélective du public français. On oublie vite que Deschamps, au début de son mandat, avait lui aussi suscité un certain enthousiasme. Puis sont venues les déceptions, les polémiques, les choix incompris. Le cycle d'un sélectionneur est long et cruel. Zidane n'est pas immunisé contre ça. Personne ne l'est.
Et puis il y a l'éléphant dans la pièce : faire mieux que Deschamps est statistiquement quasi impossible. DD a ramené une étoile. Il a atteint deux finales de Mondial. Il a tenu douze ans. Même en admettant que Zidane installe un jeu spectaculaire et remporte un Euro, certains trouveront que ce n'est « que » ça. Le piège de la comparaison permanente est déjà en place, et il ne se refermera jamais.
Ce qu'il faut surveiller
Le vrai test viendra avec la première compétition officielle. Les matches de qualification et les rencontres amicales sont des laboratoires, pas des examens. C'est quand la pression d'un tournoi majeur s'abattra sur ce groupe que l'on verra si Zidane est capable de maintenir sa philosophie de jeu ou s'il devra, comme Deschamps avant lui, faire des concessions au pragmatisme.
Il faudra aussi observer la gestion du vestiaire sur la durée. Zidane a toujours excellé dans le management humain, mais la sélection n'est pas un club. Les joueurs arrivent, repartent, ne s'entraînent ensemble que quelques jours. La continuité tactique est un luxe que peu de sélectionneurs peuvent se permettre.
Enfin, attention à l'effet soufflé. L'enthousiasme actuel est un carburant puissant, mais aussi volatile. La première défaite décevante, le premier match terne, et le vent tournera. Les mêmes qui annoncent trois Coupes du monde seront les premiers à réclamer des têtes. C'est la loi du football français : on canonise vite, on guillotine plus vite encore. Zidane le sait. Reste à savoir s'il est prêt à vivre avec.
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