Roberto Carlos, Cannavaro, Cafu… La liste des anciennes gloires ralliées à la cause de Gianni Infantino ne cesse de s'allonger. Derrière les sourires et les accolades, c'est une opération de communication parfaitement huilée qui se dessine. Et elle en dit long sur la manière dont la FIFA de 2026 fonctionne.
Les faits
Après une première vague de soutiens venus d'Argentine — Javier Pastore, Javier Zanetti et Esteban Cambiasso — et l'appui du Camerounais Samuel Eto'o, c'est désormais au tour d'autres monuments du football mondial de se ranger derrière le président de la FIFA. Fabio Cannavaro, Ballon d'Or 2006 et dernier défenseur à avoir soulevé ce trophée, Roberto Carlos, latéral gauche légendaire du Real Madrid et de la Seleção, ainsi que Cafu, double champion du monde brésilien, ont tous affiché leur soutien à Gianni Infantino.
Le timing n'est évidemment pas anodin. En pleine année de Coupe du Monde aux États-Unis, au Canada et au Mexique — la première à 48 équipes —, Infantino consolide son assise politique en s'entourant de figures indiscutables du jeu. Des noms qui parlent à toutes les générations, sur tous les continents. C'est un casting pensé, millimétré, qui ne laisse rien au hasard.
Notre lecture
Soyons clairs : il n'y a rien de spontané dans cette parade de légendes. Gianni Infantino, depuis son élection en 2016, a toujours su utiliser les icônes du passé comme des instruments de légitimation. Quand on ne peut pas — ou quand on ne veut pas — convaincre par un bilan gouvernance transparent, on sort les grands noms. C'est vieux comme le monde politique, et le football n'y échappe pas.
Quand les légendes se mettent en rang, ce n'est jamais pour le folklore. C'est toujours pour servir un pouvoir.
Regardons la composition de cette coalition de soutiens. Zanetti, vice-président de l'Inter Milan, est un homme de réseau depuis longtemps. Eto'o, président de la Fédération camerounaise de football, navigue dans les eaux troubles de la politique sportive africaine. Cafu et Roberto Carlos sont régulièrement associés à des événements FIFA, des galas, des legends games sponsorisés par l'institution zurichoise. Les liens ne datent pas d'hier. Ce ne sont pas des électrons libres qui découvrent soudainement les vertus du projet Infantino : ce sont des acteurs intégrés à un écosystème.
La question qui brûle, c'est : soutien à quoi exactement ? Soutien à la personne d'Infantino ? À sa vision d'un football toujours plus extensif, avec des compétitions qui se multiplient, un calendrier qui étouffe les joueurs et des Coupes du Monde à géométrie variable ? Ou soutien à un système qui, en retour, offre à ces anciennes gloires visibilité, revenus et respectabilité institutionnelle ? On aimerait bien que quelqu'un pose la question frontalement.
Car ce qui frappe, c'est l'absence totale de voix discordantes parmi les anciens joueurs de ce calibre. Où sont les légendes qui osent critiquer l'expansion effrénée du calendrier ? Où sont ceux qui s'inquiètent de la gouvernance de la FIFA ? Le silence est assourdissant, et cette unanimité de façade ressemble davantage à un verrouillage qu'à une adhésion sincère. Dans le football moderne, la dissidence ne paie pas — surtout quand on a des intérêts croisés avec l'institution.
Il faut aussi noter la dimension géographique de l'opération. Des Argentins, un Camerounais, des Brésiliens, un Italien : Infantino ratisse large, couvrant l'Amérique du Sud, l'Afrique et l'Europe. C'est une cartographie politique déguisée en album Panini de luxe. Chaque continent a son ambassadeur, chaque nom coche une case dans la stratégie de communication globale.
Ce qu'il faut surveiller
Premièrement, la prochaine élection à la présidence de la FIFA. Si Infantino empile les soutiens de cette nature, c'est qu'il prépare le terrain — que ce soit pour une réélection ou pour blinder sa position face à d'éventuels rivaux. Il faudra observer si un candidat crédible émerge et ose défier cette machine.
Deuxièmement, le rôle concret de ces légendes au sein de la FIFA. Ambassadeurs officiels ? Consultants rémunérés ? Membres de commissions ? Les contours de ces ralliements restent flous, et c'est précisément ce flou qui devrait alerter. La transparence sur les liens financiers entre la FIFA et ses soutiens historiques sera un marqueur essentiel de crédibilité.
Enfin, il faudra guetter la réaction des joueurs en activité. Eux qui subissent directement les conséquences du calendrier surchargé voulu par Infantino — blessures à répétition, fatigue chronique, grogne sourde — n'ont pour l'instant pas les mêmes raisons de sourire sur les photos. Le jour où les actifs parleront aussi fort que les retraités, le rapport de force pourrait changer. Mais ce jour-là n'est visiblement pas encore arrivé.
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