Interpellé par un journaliste de Sky Sports sur la fronde qui secoue son institution, Gianni Infantino a choisi l'esquive burlesque plutôt que la transparence. Depuis la République dominicaine, le président de la FIFA a préféré l'ironie au courage. Un numéro de clown triste qui en dit long sur l'état de la gouvernance du football mondial.
Les faits
Ce week-end, Gianni Infantino se trouvait en République dominicaine — on ne sait pas exactement dans quel cadre officiel, mais le bonhomme était bien là, à des milliers de kilomètres de Zurich, là où les problèmes s'accumulent sur son bureau. Un journaliste de Sky Sports a tenté sa chance : quelques questions directes sur la fronde en cours qui agite les coulisses de la FIFA. La réponse du président ? Aucune. Du vent. De l'esquive pure et dure, enrobée dans une couche d'ironie grinçante.
Infantino s'est contenté de lâcher une formule qui restera dans les annales de la non-communication institutionnelle :
"On se voit chez le coiffeur."Voilà. C'est tout. Pas un mot sur le fond, pas l'ombre d'un début d'explication. Juste une boutade de cour de récréation pour couper court à toute tentative de journalisme. Le patron du football mondial a tourné les talons, laissant le micro de Sky Sports aussi vide que ses réponses.
Notre lecture
Il y a quelque chose de profondément révélateur dans cette séquence. L'esquive d'Infantino n'est pas un accident, c'est une méthode. Depuis des années, le président de la FIFA a érigé l'évitement en doctrine de communication. Quand ça chauffe, on ironise. Quand ça brûle, on disparaît sous les tropiques. Et quand un journaliste ose poser une question gênante, on le renvoie chez le coiffeur. Élégant.
Ce qui frappe surtout, c'est le timing. La FIFA traverse une période de contestation interne suffisamment sérieuse pour qu'on parle de "fronde". Ce mot n'est pas anodin. Il suppose une opposition structurée, des voix dissidentes qui montent, des fédérations ou des acteurs du football qui ne se contentent plus de murmurer leur désaccord dans les couloirs des palaces. Et face à cette tempête, Infantino choisit de jouer les touristes sarcastiques en République dominicaine.
On connaît le personnage. L'homme qui a pleuré en conférence de presse en se comparant aux migrants. L'homme qui a imposé une Coupe du monde au Qatar en balayant les critiques d'un revers de main moralisateur. L'homme qui pousse pour un Mondial des clubs gargantuesque et un calendrier international toujours plus saturé, souvent contre l'avis des ligues et des joueurs. Infantino ne fuit pas les polémiques par faiblesse — il les méprise par conviction. Dans son logiciel, la contestation n'existe pas vraiment : il y a lui, son projet, et des obstacles temporaires qu'il finira par contourner.
Mais cette posture a ses limites. Quand la fronde vient de l'intérieur, quand ce sont des membres de votre propre écosystème qui grondent, la blague du coiffeur ne suffit plus. Elle devient même contre-productive. Elle envoie un signal désastreux : celui d'un dirigeant qui ne prend pas au sérieux ceux qu'il est censé représenter.
Le football mondial mérite mieux qu'un président qui traite les questions légitimes de la presse comme des nuisances à évacuer d'un bon mot. La transparence n'est pas une option dans une institution qui brasse des milliards et prétend incarner des valeurs universelles. C'est une obligation. Et sur ce terrain-là, Infantino est hors-jeu depuis longtemps.
Ce qu'il faut surveiller
La vraie question, désormais, est de savoir quelle forme concrète prend cette fronde et qui en sont les acteurs. S'agit-il de fédérations nationales mécontentes de la répartition des revenus ? De ligues européennes exaspérées par l'inflation du calendrier ? D'une coalition plus large qui viserait directement la gouvernance d'Infantino ? Les prochaines semaines seront déterminantes pour mesurer l'ampleur réelle de la contestation.
Il faudra aussi observer la réaction — ou l'absence de réaction — du Conseil de la FIFA. Les organes de gouvernance de l'institution ont historiquement servi de chambres d'enregistrement plus que de contre-pouvoirs. Si la fronde reste cantonnée aux déclarations de couloir, Infantino dormira tranquille. Mais si des actes concrets suivent — votes de défiance, alliances formelles, pressions publiques — alors le rapport de force pourrait basculer.
En attendant, le silence du président en dit plus que n'importe quel discours. Quand on n'a rien à répondre, c'est souvent qu'on a beaucoup à cacher.
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