Selon les révélations de The Athletic, le patron de la FIFA a tenté en 2025 de mettre sur pied un Mondial des moins de 15 ans regroupant l'intégralité des 211 fédérations membres. Un projet pharaonique qui n'a jamais vu le jour, mais qui en dit très long sur la dérive expansionniste de l'institution zurichoise.
Les faits
Gianni Infantino aurait engagé des discussions l'an dernier pour créer une Coupe du monde U15 réunissant les 211 fédérations affiliées à la FIFA. L'information, révélée par The Athletic ce jeudi, précise que le président de l'instance mondiale du football n'est pas parvenu à concrétiser cette ambition. Le projet en est resté au stade des pourparlers, sans qu'on sache précisément à quel niveau les négociations ont achoppé.
Pour rappel, la FIFA organise déjà une Coupe du monde U17, compétition historique du football de formation qui existe depuis 1985 et qui rassemble 24 équipes après un processus de qualifications continentales. Infantino envisageait donc de descendre encore d'un cran dans les catégories d'âge — des gamins de 14 ans — tout en multipliant par presque neuf le nombre de participants. Rien que ça.
Notre lecture
Il y a un moment où l'on passe du visionnaire à l'absurde, et Gianni Infantino franchit cette ligne avec une régularité déconcertante. 211 équipes à un Mondial U15, c'est un concept qui défie toute logique sportive, médicale et organisationnelle.
Commençons par le plus évident : on parle ici de mineurs de 14-15 ans qu'il faudrait envoyer à l'autre bout du monde pour participer à un tournoi dont la phase finale serait un monstre logistique. Combien de matchs ? Combien de semaines de compétition ? Combien de stades ? Quel pays hôte pourrait absorber un tel événement ? L'absurdité mathématique saute aux yeux avant même d'aborder les questions éthiques.
Quand on veut vendre du football partout, on finit par en vendre nulle part.
Car c'est bien de cela qu'il s'agit. L'obsession d'Infantino pour la multiplication des compétitions répond à une logique purement commerciale et politique. Plus de tournois, c'est plus de droits TV à vendre, plus de sponsors à séduire, et surtout plus de fédérations à fidéliser dans le grand jeu électoral de la FIFA. Offrir à chaque nation membre — des îles Tonga aux Seychelles — un ticket automatique pour un Mondial, même des jeunes, c'est acheter de la loyauté institutionnelle à bas prix.
Le problème, c'est que cette frénésie événementielle se fait au détriment de la cohérence sportive. On a déjà élargi la Coupe du monde seniors à 48 équipes pour 2026. On a inventé le Mondial des clubs à 32 équipes, compétition dont personne ne voulait sauf Infantino lui-même. On empile les formats XXL sans jamais se poser la question de la dilution. Quand tout le monde est qualifié, plus personne ne l'est vraiment.
Et puis il y a la dimension humaine, souvent oubliée dans les plans sur la comète de Zurich. Un gamin de 14 ans, ce n'est pas un actif à monétiser. La charge physique et psychologique d'une compétition internationale est déjà considérable pour des U17. Descendre la limite d'âge tout en supprimant tout filtre de qualification, c'est transformer des adolescents en chair à contenu pour les réseaux sociaux de la FIFA.
Le fait que le projet ait capoté ne rassure qu'à moitié. Il a existé suffisamment longtemps pour que des discussions aient eu lieu. Cela signifie qu'au siège de la FIFA, quelqu'un — et pas n'importe qui, le président lui-même — a jugé cette idée viable. C'est le symptôme d'une gouvernance où le mégalomane n'a plus de contre-pouvoir.
Ce qu'il faut surveiller
Le projet est enterré pour l'instant, mais connaissant Infantino, rien n'est jamais définitivement mort. Plusieurs questions restent ouvertes :
D'abord, la FIFA pourrait revenir à la charge avec un format réduit — un Mondial U15 à 48 ou 64 équipes, présenté comme un "compromis raisonnable" — pour faire passer la pilule. C'est la méthode classique : proposer l'inacceptable pour que le simplement excessif paraisse modéré.
Ensuite, il faudra observer la réaction des confédérations continentales et des syndicats de joueurs. La FIFPro, qui bataille déjà contre la surcharge du calendrier senior, pourrait logiquement s'opposer à toute nouvelle compétition internationale de jeunes sans cadre protecteur solide.
Enfin, cette révélation alimente le débat plus large sur la gouvernance de la FIFA sous l'ère Infantino. Le mandat actuel court jusqu'en 2027 et l'appétit du dirigeant italo-suisse pour les projets démesurés ne montre aucun signe de ralentissement. La vraie question n'est pas de savoir s'il proposera un autre tournoi improbable, mais quand.
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