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Coupe du Monde 2026FIFA

QUAND UN PREMIER MINISTRE DÉCLARE LA GUERRE OUVERTE À INFANTINO

Le Premier ministre canadien Mark Carney a déclaré n'avoir « aucune confiance » en Gianni Infantino, président d'une FIFA fragilisée par l'échec de son projet d'ouverture aux investisseurs privés. Un coup de semonce politique inédit.

Par Lavar06 AOÛT 20265 min de lectureD'après L'Équipe

Mark Carney n'y est pas allé avec le dos de la cuillère. Le Premier ministre canadien a lâché publiquement qu'il n'avait « aucune confiance » en Gianni Infantino, patron d'une FIFA déjà fragilisée par le fiasco de son projet d'ouverture aux investisseurs privés. Un tacle politique à hauteur de cheville qui en dit long sur l'état des relations entre le foot mondial et ses hôtes.

Les faits

C'est une déclaration qui a la saveur d'un carton rouge diplomatique. Mercredi 6 août, Mark Carney, Premier ministre du Canada, a publiquement affiché sa défiance totale envers Gianni Infantino, le président de la FIFA. Le mot choisi — « aucune confiance » — ne laisse aucune place à l'ambiguïté ni à la nuance protocolaire qu'on attend habituellement d'un chef de gouvernement quand il s'exprime sur une institution sportive internationale.

Le contexte rend la charge encore plus lourde. Infantino sort affaibli d'un épisode qui a secoué la FIFA de l'intérieur : son projet d'ouvrir l'instance mondiale du football à des investisseurs privés, finalement avorté. Un plan qui avait suscité un tollé à la fois chez les fédérations membres et dans l'opinion publique, et dont l'abandon ressemble davantage à un recul contraint qu'à un choix stratégique assumé.

Le Canada, rappelons-le, n'est pas un acteur anodin dans le paysage footballistique actuel. Le pays a co-organisé la Coupe du monde 2026 avec les États-Unis et le Mexique, ce qui confère à Carney une légitimité particulière quand il s'exprime sur la gouvernance de la FIFA. Ce n'est pas le président de la Fédération monégasque de pétanque qui parle : c'est le dirigeant d'un pays hôte de la plus grande compétition sportive de la planète.

Notre lecture

Soyons lucides : quand un Premier ministre en exercice dit publiquement qu'il n'a aucune confiance en vous, ce n'est plus une critique, c'est un acte d'accusation. Et le timing est tout sauf anodin.

Infantino traverse la période la plus trouble de sa présidence. Le projet d'ouverture aux capitaux privés — qui revenait grosso modo à transformer la FIFA en une sorte de holding financier du football mondial — a révélé au grand jour la vision profondément mercantile qu'il porte pour l'institution. Le fait que ce projet ait été abandonné ne suffit pas à restaurer la confiance, bien au contraire. Il pose une question simple et dérangeante : jusqu'où Infantino était-il prêt à aller si personne ne l'avait freiné ?

La sortie de Carney est aussi un signal politique fort. Le Canada a investi massivement dans l'accueil de la Coupe du monde 2026, en termes d'infrastructures, de logistique, de promesses faites à sa population. Quand le partenaire avec qui vous montez un événement à plusieurs milliards de dollars vous inspire « aucune confiance », on est en droit de se demander si la collaboration peut continuer sereinement.

La FIFA sous Infantino, c'est un peu comme un club qui change de projet sportif tous les six mois : à force de zigzaguer, plus personne ne sait où on va — et surtout, plus personne n'a envie de suivre.

Car le problème Infantino dépasse largement un projet avorté. C'est une question de gouvernance structurelle. Depuis son élection en 2016, le Suisso-Italien a multiplié les initiatives controversées — Coupe du monde à 48 équipes, Mondial des clubs élargi, flirt permanent avec les fonds souverains — avec une constante : la centralisation du pouvoir et la monétisation de tout ce qui peut l'être. L'épisode des investisseurs privés n'était que la dernière itération d'une logique qui transforme progressivement la FIFA en machine à cash, au détriment de sa mission de régulation et de développement du jeu.

Que ce soit un Premier ministre qui tire la sonnette d'alarme, plutôt qu'un patron de fédération ou un journaliste d'investigation, montre à quel point le malaise a désormais dépassé le seul cercle du football. Infantino est devenu un problème diplomatique.

Ce qu'il faut surveiller

Premièrement, la réaction — ou l'absence de réaction — de la FIFA. Zurich va-t-il répondre officiellement ? Ignorer la déclaration serait un aveu de faiblesse ; y répondre agressivement ouvrirait un front politique inédit avec un pays organisateur.

Deuxièmement, l'effet domino potentiel. Si le Canada ouvre la voie, d'autres gouvernements hôtes ou partenaires pourraient emboîter le pas. Les États-Unis et le Mexique, co-organisateurs du Mondial 2026, observent certainement la situation de très près. Une fronde collective des pays hôtes serait un séisme pour Infantino.

Troisièmement, la position interne à la FIFA. Infantino a toujours su verrouiller les congrès et les votes en sa faveur, notamment grâce au soutien des petites fédérations. Mais un isolement diplomatique à ce niveau pourrait redistribuer les cartes et encourager des candidatures dissidentes lors de la prochaine élection à la présidence.

Enfin, surveillons de près le déroulement concret de la Coupe du monde 2026 au Canada. Si les relations entre Ottawa et Zurich sont aussi dégradées que Carney le laisse entendre, les conséquences pourraient se faire sentir sur le terrain organisationnel. Et quand la politique s'invite dans un Mondial, c'est rarement pour le meilleur.

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