Deux mois après l'élimination de l'Angleterre au Mondial 2026, Thomas Tuchel revient sur le parcours des Three Lions avec une confidence aussi inattendue que révélatrice. L'ancien coach du PSG et du Bayern regrette de ne pas avoir savouré suffisamment l'instant. Un aveu qui en dit long sur l'homme et sur ce que cette Coupe du monde a représenté pour lui.
Les faits
Mi-septembre, Thomas Tuchel a livré une confidence pour le moins surprenante au sujet du huitième de finale remporté par l'Angleterre face au Mexique (2-3), le 5 juillet dernier. Le sélectionneur allemand des Three Lions a déclaré regretter de ne pas avoir, selon ses propres termes, "mangé un peu de pelouse" — une image forte pour exprimer qu'il aurait aimé vivre plus intensément ce moment, se rouler dans l'euphorie d'une victoire arrachée en terre hostile.
La formule frappe par son côté décalé. On parle d'un technicien réputé pour son approche cérébrale et tactique, un homme de tableaux, de structures, de pressing coordonné. Et voilà qu'il nous parle de dévorer du gazon mexicain comme un gamin après un but en finale de tournoi de quartier. La dissonance est belle, et elle mérite qu'on s'y attarde.
Notre lecture
Il y a quelque chose de profondément touchant — et stratégiquement malin — dans cette sortie de Tuchel. Décortiquons.
D'abord, le contexte : aller gagner au Mexique en phase à élimination directe d'une Coupe du monde, c'est un exploit logistique autant que sportif. L'altitude, la chaleur, un public acquis à la cause adverse, l'intensité émotionnelle d'un pays hôte qui joue sa survie dans sa compétition. En sortir vainqueur 3-2, c'est le genre de résultat qui forge une épopée. Et Tuchel, visiblement, a le sentiment d'être passé trop vite à la suite, d'avoir déjà eu la tête au tour suivant avant même d'avoir digéré celui-ci.
C'est un travers classique chez les entraîneurs de très haut niveau. L'obsession du prochain match dévore le présent. Guardiola l'a dit cent fois, Ancelotti l'a théorisé à sa manière : le football d'élite est une machine à broyer la joie immédiate. On gagne, on analyse, on prépare, on recommence. Le romantisme passe à la trappe. Tuchel, en l'admettant publiquement, fait preuve d'une lucidité rare.
"Je regrette de ne pas avoir mangé un peu de pelouse."
Mais il y a aussi une lecture moins candide. Tuchel n'est pas naïf. En livrant cette confidence, il envoie un message à son groupe : ce qu'on a vécu ensemble était exceptionnel, et je le mesure. C'est une déclaration d'amour à peine déguisée adressée à son vestiaire. Après une élimination — puisque l'Angleterre n'a pas soulevé le trophée — il est fondamental pour un sélectionneur de sanctuariser les bons souvenirs plutôt que de laisser l'amertume de la défaite finale tout recouvrir.
Et puis, soyons honnêtes : Tuchel construit aussi son récit personnel. L'Allemand au chevet du football anglais, c'est une histoire qui ne va pas de soi. Chaque mot public est pesé. Se montrer émotionnellement investi, humain, presque vulnérable, c'est la meilleure façon de faire oublier qu'il reste un étranger sur le banc des Three Lions. La pelouse mexicaine comme métaphore d'enracinement ? On veut bien y croire.
Ce qui est certain, c'est que cette Coupe du monde a changé la perception de Tuchel en Angleterre. Longtemps regardé avec méfiance — trop continental, trop cérébral, pas assez bulldog — le technicien a visiblement trouvé la bonne fréquence. Ce genre de confidence, à la fois sincère et calibrée, en est la preuve.
Ce qu'il faut surveiller
La vraie question désormais : Tuchel peut-il capitaliser sur ce Mondial pour inscrire son projet dans la durée ? L'Angleterre a l'habitude de s'enflammer après un beau parcours en tournoi pour ensuite retomber dans ses travers dès les qualifications suivantes. Le cycle post-Mondial sera le vrai test.
Il faudra observer si cette relation affective revendiquée avec le groupe se traduit par une continuité dans les choix — joueurs cadres maintenus, système de jeu stabilisé — ou si Tuchel cède à la tentation de tout remettre à plat. Les prochaines échéances internationales diront si la pelouse mexicaine a nourri un projet ou simplement alimenté une jolie anecdote de vestiaire.
Enfin, à titre personnel, Tuchel joue gros. Après le PSG et le Bayern, l'Angleterre est peut-être son dernier grand défi en sélection avant un éventuel retour en club. S'il parvient à transformer cette émotion brute en culture de la gagne, les Three Lions pourraient enfin passer de l'éternel presque à quelque chose de plus concret. Mais ça, même en mangeant toute la pelouse du monde, ça ne se décrète pas.
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