Gianni Infantino a encore frappé. Pas un tacle, pas un coup franc — juste une nouvelle annonce pharaonique qui repousse les frontières de l'absurde. Le patron de la FIFA veut organiser une Coupe du monde U15 avec les 211 fédérations affiliées. Toutes. Sans exception. Comme si le football des gamins de 14 ans avait besoin d'une compétition planétaire pour exister.
Les faits
Dans une vidéo diffusée par la FIFA ce dimanche 24 août, Gianni Infantino a annoncé son souhait de voir les 211 pays affiliés à l'instance participer à la première édition d'une Coupe du monde U15. Un format inédit, qui concernerait donc des joueurs de moins de 15 ans, et qui viendrait s'ajouter à un calendrier international déjà saturé — entre les Coupes du monde U17, U20, le Mondial des clubs élargi et, évidemment, la Coupe du monde senior à 48 équipes prévue à partir de 2026.
Le président de la FIFA a accompagné cette annonce d'une formule qui ne manque pas de sel :
"Nous, les dirigeants du football, on parle trop..."Avant, donc, de parler encore pour annoncer un nouveau projet. L'ironie semble lui échapper totalement.
Aucune date précise, aucun pays hôte, aucun format détaillé n'ont été communiqués pour l'instant. On est, comme souvent avec Infantino, dans la phase de l'annonce spectacle — celle qui fait le buzz, qui génère des titres, et qui permet de tester les réactions avant de poser les bases concrètes.
Notre lecture
Il y a quelque chose de profondément troublant dans cette fuite en avant permanente. Infantino gouverne la FIFA comme un promoteur immobilier survitaminé : toujours plus de compétitions, toujours plus de matchs, toujours plus de « produit ». Peu importe si le calendrier craque de partout, si les joueurs professionnels supplient pour qu'on allège leur charge, si les ligues nationales tirent la sonnette d'alarme — la machine à créer des tournois ne s'arrête jamais.
Mais avec ce Mondial U15, on franchit un cap. On parle de gamins de 13-14 ans. Des adolescents en pleine croissance, pour la plupart encore en centre de formation ou en académie, qu'on voudrait projeter dans une compétition mondiale à 211 équipes. Combien de matchs ? Combien de semaines loin de leur club, de leur école, de leur famille ? Infantino ne le dit pas. Il préfère la grande phrase, le storytelling de l'inclusion universelle — "le football pour tous" — plutôt que les détails concrets qui fâchent.
Car soyons lucides : derrière le discours généreux sur la démocratisation du football, il y a un calcul. Chaque nouvelle compétition FIFA = de nouveaux droits TV à négocier, de nouveaux sponsors à démarcher, de nouveaux flux financiers à redistribuer — ou pas. Le modèle Infantino repose sur l'inflation permanente de l'offre. Et tant pis si la qualité se noie dans la quantité.
211 pays dans un tournoi U15, cela signifie potentiellement des phases de qualification interminables, des écarts de niveau abyssaux, des rencontres sans le moindre intérêt sportif. Est-ce vraiment le meilleur cadeau qu'on puisse faire à des gamins de 14 ans ? Ou est-ce qu'on instrumentalise leur jeunesse pour nourrir la mégalomanie d'une institution qui a perdu le sens de la mesure ?
Le parallèle avec le Mondial des clubs élargi est frappant. Même méthode : on annonce un format XXL, on invoque la beauté du football universel, on repousse les critiques d'un revers de main. Et quand les questions dérangeantes arrivent — protection des jeunes joueurs, surcharge du calendrier, viabilité économique — le silence est assourdissant.
Ce qu'il faut surveiller
La réaction des grandes fédérations et des syndicats de joueurs sera déterminante. La FIFPro, qui bataille déjà sur le calendrier des seniors, va-t-elle s'emparer du sujet de la protection des mineurs dans ce type de compétition ? Les fédérations européennes, souvent en tension avec Infantino, vont-elles suivre ou résister ?
Il faudra aussi observer si ce projet passe du stade de l'annonce vidéo à celui d'un vote au Congrès de la FIFA. Car Infantino maîtrise l'art du ballon d'essai médiatique : certaines idées finissent enterrées, d'autres deviennent réalité malgré l'opposition. Le rapport de force au sein de la FIFA, où les petites fédérations — séduites par la promesse d'une participation mondiale — pèsent lourd en nombre de voix, pourrait une nouvelle fois jouer en sa faveur.
Enfin, la question éthique ne peut pas être esquivée. Exposer des adolescents de 14 ans à la pression d'un tournoi planétaire, avec tout ce que cela implique en termes de repérage précoce, de transferts de mineurs et de dérives du marché, c'est ouvrir une boîte de Pandore. Le football a déjà suffisamment de cadavres dans le placard en matière de protection des jeunes pour ne pas en rajouter. Si Infantino veut vraiment que les dirigeants "parlent moins", il pourrait commencer par se taire sur ce projet-là.
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