Un photographe de L'Équipe lâché dans l'Amérique de la Coupe du monde 2026, ça donne quoi ? Pas seulement des photos de buts et de tribunes, mais un regard brut sur un pays-hôte qui ne ressemble à aucun autre. Stéphane Mantey livre la deuxième partie de son carnet de route, et c'est peut-être là, en marge du terrain, que se joue le vrai récit de ce Mondial.
Les faits
Stéphane Mantey, photographe pour L'Équipe, publie le second volet de son carnet de voyage réalisé pendant la Coupe du monde 2026 aux États-Unis. Ce making-of visuel mêle les coulisses de son travail quotidien — la traque de l'image juste au milieu du chaos organisé d'un Mondial — à des rencontres impromptues et des instantanés de la réalité américaine telle qu'elle se donne à voir quand on sort du périmètre VIP des stades.
Le format est celui du carnet de voyages, à mi-chemin entre le reportage photographique et le témoignage subjectif. On y découvre l'envers du décor : les trajets interminables entre les villes-hôtes, les visages croisés dans des diners ou au bord des highways, et cette Amérique contrastée que les caméras de télévision ne montrent jamais pendant les retransmissions.
Notre lecture
On ne va pas se mentir : dans le flux industriel de contenus que génère une Coupe du monde — les lives, les stats en temps réel, les débriefs tactiques à la chaîne — ce type de récit est une bouffée d'oxygène. Mantey ne raconte pas le football, il raconte ce qui entoure le football. Et c'est précisément ce qui manque cruellement dans la couverture médiatique contemporaine.
Le meilleur récit d'un Mondial ne se lit pas toujours dans le score final, mais dans les marges du tournoi.
Ce Mondial américain est un cas d'école en la matière. On parle d'un pays-continent où les distances entre les villes-hôtes sont absurdes, où la culture foot reste minoritaire malgré le show FIFA, où les réalités sociales sautent aux yeux dès qu'on quitte les enceintes flambant neuves. Un photographe de presse qui prend le temps de documenter tout ça, c'est du journalisme au sens premier du terme — celui qui observe avant de commenter.
Et puis il y a la question du regard européen sur l'Amérique. Un Français qui traverse les États-Unis avec son boîtier pendant un événement planétaire, c'est un filtre culturel fascinant. Ce qu'il choisit de cadrer, ce qui l'interpelle, ce qui le dérange ou l'émerveille — tout cela en dit autant sur nous que sur eux. Les carnets de Mantey fonctionnent comme un miroir à double face : ils documentent l'Amérique du Mondial, mais ils révèlent aussi ce que le football français va chercher là-bas.
On notera aussi que L'Équipe fait ici un choix éditorial malin. Dans un marché médiatique où tout le monde se bat pour le même clic avec les mêmes infos, miser sur le slow journalism photographique est un pari de différenciation. Ce n'est pas du contenu qui buzze en trois secondes sur X, c'est du contenu qui reste, qui se feuillette, qui crée un lien différent avec le lecteur. Chapeau pour ça.
Car soyons lucides : combien de médias sportifs français auraient eu l'idée — ou simplement le budget — d'envoyer un photographe avec cette liberté éditoriale ? La tendance est plutôt à la compression des équipes envoyées sur place, aux duplex Zoom et aux banques d'images AFP. Mantey sur le terrain, libre de ses mouvements et de son regard, c'est presque un acte de résistance professionnelle.
Ce qu'il faut surveiller
D'abord, la réception de ce type de format par le public. Si les deux volets du carnet de Mantey trouvent leur audience, cela pourrait encourager d'autres rédactions à investir dans le reportage immersif de terrain — pas seulement pour les Coupes du monde, mais pour les compétitions européennes, les camps d'entraînement, les tournées de pré-saison.
Ensuite, il sera intéressant de voir si d'autres photographes ou reporters de presse livrent des témoignages similaires sur les réalités logistiques et sociales de ce Mondial américain. Les critiques sur l'organisation — chaleur, distances, accessibilité — sont nombreuses mais souvent abstraites. Des récits visuels de terrain donnent de la chair à ces débats.
Enfin, et c'est peut-être le plus important : ce carnet pose la question de ce qu'on attend du journalisme sportif en 2026. Veut-on uniquement des faits, des scores et des transferts ? Ou accepte-t-on que raconter le football, c'est aussi raconter le monde dans lequel il se joue ? Mantey, avec son objectif, a choisi sa réponse. À nous de choisir la nôtre.
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