Alors que Gianni Infantino semblait avoir verrouillé la FIFA pour des décennies, un nom circule de plus en plus dans les couloirs du pouvoir footballistique mondial : Victor Montagliani. L'ancien patron de la CONCACAF, fraîchement adoubé par l'UEFA, pourrait bien être l'homme capable de briser le règne de l'indéboulonnable président suisse. Et si, pour une fois, le football institutionnel nous réservait une vraie bataille politique ?
Les faits
Victor Montagliani est un dirigeant canadien qui a longtemps présidé la CONCACAF, la confédération regroupant les fédérations d'Amérique du Nord, centrale et des Caraïbes. Son profil a gagné en épaisseur ces dernières années grâce à un travail de fond reconnu dans la restructuration de sa confédération, longtemps gangrenée par les scandales de corruption post-2015. L'homme s'est forgé une réputation de gestionnaire crédible, loin des figures flamboyantes et controversées qui peuplent habituellement les arcanes de la FIFA.
Ce qui change la donne aujourd'hui, c'est que l'UEFA semble voir en lui un allié de poids, voire un candidat potentiel pour défier Infantino lors de la prochaine élection à la présidence de la FIFA. L'idée d'une candidature soutenue — ou du moins tolérée — par la plus puissante des confédérations donne à cette hypothèse une consistance qu'elle n'avait pas il y a encore quelques mois.
Montagliani représente un profil qui coche plusieurs cases : nord-américain dans un contexte où la Coupe du monde 2026 se joue aux États-Unis, au Canada et au Mexique ; expérimenté dans la politique confédérale ; et surtout pas directement associé au bloc européen, ce qui pourrait séduire au-delà du cercle habituel de l'UEFA.
Notre lecture
Soyons lucides : déloger Infantino, c'est un peu comme essayer de dévisser un boulon rouillé à mains nues. L'homme a passé des années à tisser un réseau de fidélités quasi indestructible, notamment en Afrique, en Asie et dans les petites fédérations, à coups de promesses de développement, de redistribution financière et de multiplication des compétitions. Sa stratégie est limpide depuis le premier jour : un vote par fédération, donc séduire les petits plutôt que les grands. Et ça fonctionne.
La vraie question n'est pas de savoir si Montagliani est compétent. C'est de savoir si le système FIFA permet encore à un candidat compétent de gagner.
Car le problème est structurel. L'UEFA a beau être la confédération la plus riche et la plus influente sportivement, elle ne pèse que 55 voix sur 211 au congrès de la FIFA. Même en s'alliant avec la CONCACAF et ses 41 fédérations, le compte n'y est pas si les autres confédérations restent alignées derrière Infantino. Et l'homme sait verrouiller ses soutiens.
Cela dit, le paysage n'est pas totalement figé. Il y a des fissures. Le projet de Coupe du monde des clubs, devenu un monstre logistique et financier que peu de clubs européens soutiennent réellement, crée des tensions. La gestion du calendrier international, surchargé à un point qui frôle l'absurde, commence à agacer bien au-delà de l'Europe. Et la manière dont Infantino concentre les pouvoirs autour de sa personne — rappelons qu'il a fait sauter ou neutraliser plusieurs contre-pouvoirs internes — finit par inquiéter même des alliés historiques.
Montagliani, dans ce contexte, pourrait incarner une troisième voie : ni le candidat de l'establishment européen, ni le produit du système Infantino. Son ancrage nord-américain, dans un cycle post-Mondial 2026, pourrait lui donner une légitimité géographique. Mais ne nous emballons pas : entre un profil intéressant et une candidature victorieuse, il y a un gouffre que seule une coalition large et déterminée pourrait combler.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs signaux seront déterminants dans les mois à venir. D'abord, la position officielle de l'UEFA et de son président Aleksander Čeferin (ou de son successeur, le sujet de la gouvernance européenne étant lui aussi en mouvement). Un soutien explicite changerait la dynamique. Un soutien implicite ne suffira pas.
Ensuite, il faudra observer les mouvements d'alliance en Afrique et en Asie. Si Infantino perd ne serait-ce qu'une dizaine de voix dans ces confédérations, l'élection redevient ouverte. Mais pour l'instant, rien n'indique que ce basculement soit en cours.
Enfin, le contexte post-Mondial 2026 sera crucial. Si le tournoi nord-américain est un succès organisationnel et que Montagliani peut en revendiquer une part du mérite, sa crédibilité en sortira renforcée. À l'inverse, si la FIFA réussit à s'attribuer tout le crédit, il partira avec un handicap.
Une chose est sûre : le simple fait qu'un nom circule avec autant d'insistance comme alternative crédible à Infantino est déjà un événement en soi. La FIFA est habituée aux règnes interminables — Havelange, Blatter, et maintenant Infantino. Mais chaque dynastie a une fin. La question est de savoir si celle-ci est proche, ou si Montagliani n'est qu'un ballon d'essai de plus dans la longue guerre froide entre l'UEFA et la FIFA.
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